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Tres: Blackout Konzert

Ma révélation en acouphènes ; si le son de la vraie vie est en soi.

Christophe Massé
29 0ctobre 2005, 21heures,
Kunsthaus Rhenania, Cologne, Allemagne.

Pour percevoir la musique du silence ; après une mise en garde initiale, - nous n‚avons qu‚à bien nous tenir, notre langue doit rester immobile - Tres, artiste barcelonais, opère de la lumière à la presque pénombre d‚une pièce remplie de public. Il ôte une à une les prises de courant reliées aux appareils domestiques ; sonores et lumineux.

Progressivement un silence physique s‚instaure laissant place à la subjectivité de chacun. L‚idée du silence comme une perception propre se matérialise et la musique qui doit en découler se compose alors toute seule ; partition imaginaire pour musiciens muets et manchots.

Tres clôt dans l‚obscurité le concert, en formulant l‚intitulé et le numéro de la performance, à voix haute, pour rompre ce moment de grâce.

Dans la salle du Kunsthaus Rhenania à Köln, j‚avais choisi de me recroqueviller sur moi-même, libérant mes poumons de l‚air vicié qu‚ils contenaient. Je ne pense pas avoir eu, durant l‚action de Tres, une palette complète de la hiérarchie des sons qui s‚effaçaient. J‚ai ressenti par contre, une chose curieuse se dérouler en moi, au fur et à mesure que les sons de la vie artificielle disparaissaient. Mes oreilles se remplissaient de notes plus claires d‚une musique secrète qui m‚appartenait. Une composition intime en somme. Ecrite avec les acouphènes, les battements produits par l‚irrigation du sang dans les artères, le chuintement de la déglutition, le bienˆêtre des quelques os qui craquent et par cette jouissance enfantine procurée par le silence et l‚obscurité réunis.

Généralement les artistes proposent aux spectateurs de faire leur propre analyse et d‚établir eux-mêmes le lien pour avancer dans l‚approche qu‚ils ont du monde et de l‚histoire de l‚art, souvent les privant du crédit de leur expérience sensorielle.

Tres, d‚un unique geste, lourd de conséquences
comme de signification : celui de débrancher, suggère de nous remplir de nous. Vases
communicants.

Nous pouvons alors, nous laisser guider, à rebours. D‚une attitude à l‚autre. Abandonnant l‚idée d‚une musique pénétrant les seules oreilles. Pour déceler l‚autre, tapie dans les limbes de nos êtres. Indispensable comme un chant d‚oiseau. Nécessaire en ces temps de saturation.

Bordeaux, 05 novembre 2005.
Christophe Massé. Artiste plasticien, écrivain, dirige la collection littéraire "Délirien" chez Pierre Mainard éditeur.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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