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TRES, silencieux

STRADDA (Paris).
Barcelone, le contrepoint. Pour Pascal Letellier.

Tres est un des artistes les plus novateurs de la nouvelle scène alternative catalane. Plasticien, musicien, performer, ‘bruitiste du silence’ il a été acteur sur de nombreux plateaux de l’avant-garde avant de proposer ses propres ‘actions de silence’ dans les espaces publics de Barcelone ou d’ailleurs. Le silence est en effet le matériau que Tres travaille depuis toujours, que ce soit dans ses sculptures ‘hipercubis’ (colonnes immatérielles inspirées de Kandinsky et du Bauhaus) ou dans les concerts silencieux où la notion de silence rejoignait celle de vide, ou que ce soit par la collection de ‘silences’ urbains qu’il archive à partir de coupures de presse, d’enquêtes personnelles, de bandes vidéos, d’informations diverses.
La problématique de Tres, en matière d’interventions urbaines est d’autant plus intéressante que Barcelone est par excellence la ville du vacarme. « En milieu urbain, les artistes amplifient le bruit. On installe des dispositifs qui surchargent la rumeur ambiante. Personne ne travaille le silence et on vit dans un monde d’information extrême et de bruit continuel. Moi, je produis du silence et ce que je veux explorer et faire partaer, c’est cette pleine matière elle-même. Le silence n’est pas un manque, une absence mais une présence. Le projet est de produire des espaces pour le silence où il serait acteur explicite ».
Pour l’ouverture de la Nuit blanche à Madrid, Tres a créé un spectacle de silence intitulé ‘les sirènes du lac’ où intervenaient 21 rameurs dans des barques, 9 sirènes, un ensemble de 12 joueurs de tuba et 3 carillonneurs. « Tout était joué et j’étais le chef d’orchestre mais aucun son ne sortait. Les gens étaient étonnés. Il y avait peut-être plus de 20.000 spectateurs et, dans ce moment de crépuscule que j’apprécie, entre chien et loup, le public était obligé peu à peu de faire silence lui-même pour essayer de percevoir un son. Les gens participaient à l’action en quelque sorte. J’ai fait la même chose avec l’harmonie municipale de Barcelone qui a donné un concert de silence devant l’église de Santa Maria del Mar. Tous les morceaux étaient joués précisément en suivant la partition ; les gestes, les mouvements, tout, mais dans le silence total. Mon apport dans les actions de rue, c’est l’atmosphère. Le silence qui gonfle et fixe les choses. C’est comme une stratégie de travail pour parvenir à réduire le bruit de l’endroit où l’action a lieu. C’est très difficile en fait mais c’est le sens de ma démarche pour des actions qui parviendraient à transformer l’environnement ; le laver totalement en quelque sorte. Je ne connais pas d’autres expériences de ce type en milieu urbain. Peut-être celle des Souffleurs. Je suis très impressionné par le projet d’Olivier Comte de vouloir décontaminer le quotidien et ralentir le monde ! ».

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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